Le Patrimoine illustré

Pierre-Emmanuel Lenfant

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Programme de fouille sur le tell Dibgou / Le tell Dibgou est situé dans le Nord-est du Delta du Nil, sur les rives sud du Lac Menzaleh. Il correspond aux ruines de l’ancienne ville de Dibgou, nommée Dabiq dans la littérature arabe médiévale. Il s’élève à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer et s’étend sur une surface de près de 70 hectares. Peu de choses nous sont connus de l’histoire de ce site, sur lequel aucune fouille archéologique n’avait jamais été entreprise jusqu’à notre première intervention en 2014. / Dans la phase finale de son histoire, la ville, fournisseur officiel des califes et de leur cour en tissus luxueux, était réputée dans tout le Proche-Orient pour la qualité de sa production textile. La spécificité de l’atelier d’Etat de Dibgou était une variété d’étoffes précieuses de lin nommée dabiqi qui pouvaient porter un décor de tapisserie ou de broderie en fils de couleur et fils d’or. / Mais plus on remonte dans le temps, plus l’information concernant Dibgou est rare, et, jusqu’en 2014, le tell n’était connu que pour recéler des vestiges byzantins et musulmans. Nos visites préparatoires sur le site, et les prospections que nous y avons menées, nous ont rapidement amené à penser que la cité était plus ancienne qu’elle n’y paraissait au premier abord. Dès notre première campagne de fouille, nous avons pu mettre au jour plusieurs installations structurées datables du premier millénaire avant JC (Basse Epoque et période ptolémaïque). Et les niveaux les plus profonds rencontrés semblaient faire remonter les origines de la ville aux alentours de la Troisième Période Intermédiaire (XIe-Xe siècles av JC). / Notre programme de fouille possède deux axes principaux de recherche : - L’étude des niveaux médiévaux de la ville pour tenter de mieux cerner l’ampleur et l’organisation de cette cité tant réputée pour sa production textile. Pour cela nous avons entamé la fouille d’un lot d’habitations situé sur les crêtes orientales du site, ainsi que la fouille de dépotoirs contenant un grand nombre d’artefacts principalement confectionnés en matériaux organiques et conservés de manière exceptionnelle pour une région humide comme le Delta du Nil. De ces dépotoirs émergent ainsi fragments de textiles, instruments liés à l’industrie textile ou objets du quotidien, tandis que l’architecture des bâtiments étudiés ne cesse de nous indiquer leur raffinement. L’étude des vestiges de la cité médiévale de Dibgou est un fait marquant pour l’histoire de toute la région. En effet, suite aux affrontements dans le Delta oriental à l’époque des Croisades, les grandes villes de la région, comme Tinnis, ont été évacuées et détruites pour ralentir l’avancée ennemie. Ces villes nous sont donc bien connues par les récits arabes, mais peu de choses en sont conservées et peu de fouilles y ont été menées. En général, les fouilles réalisées sur des sites d’époque musulmane restent d’ailleurs relativement rares en Egypte. Les données archéologiques résultant de nos recherches permettront ainsi une remise en perspective des connaissances que nous avons de l’histoire de la région et viendront compléter et enrichir les informations relatives aux principales villes implantées sur le lac Menzaleh. - L’étude des origines de la ville de Dibgou, de sa naissance et de son développement. Grâce aux prospections et aux fouilles que nous avons menées sur le site depuis 2014, les origines pharaoniques de la ville sont désormais établies. La cité, qui a vu le jour entre le XIe et le VIIe siècle av JC, s’est ensuite développée sans discontinuité apparente pendant plus de deux millénaires, pour disparaître vers le XIIe siècle ap JC. En 2016, nous avons mis en évidence la présence d’un vaste quartier d’habitation dans la partie ouest du site, qui a dû apparaître au tout début de l’histoire de la ville et s’est ensuite développé au cours de la période ptolémaïque. Nous tenterons en 2017 de rattacher ces niveaux anciens aux niveaux romains, byzantins et musulmans situés à proximité, sur les crêtes occidentales du tell, afin d’obtenir une vision stratigraphique plus claire de l’évolution de la cité au fil du temps. Par ailleurs, qui dit étude d’une cité pharaonique dit également recherche du temple nécessaire à son fonctionnement. Avec l’appui de constatations de terrain, nous en avons commencé la recherche dans la partie centrale du site. Les résultats seront probablement longs à obtenir car les réponses à nos questions se trouvent entre 6 et 8 mètres sous la surface actuelle et nous ne pouvons avoir recours aux engins mécaniques pour mettre en œuvre notre fouille. Néanmoins, les données stratigraphiques obtenues en 2016 sont plutôt encourageantes et nous engagent à poursuivre nos recherches dans ce secteur. Pour plus d’informations sur nos activités, plusieurs sites sont à votre disposition : www.telldibgou.fr, www.facebook.com/telldibgou, https://www.youtube.com/channel/UCDRZW53PImTcCDTOCHx6Oig. La Mission Archéologique de Tell Dibgou, organisée par la Société Française des Fouilles de Tanis (association loi 1901. www.tanis-sanelhagar.fr), est uniquement financée par des fonds privés : adhésions et dons à notre association, et mise en place annuelle d’une opération de financement participatif. Cette année, cette dernière débutera vers le 25 avril et durera jusqu’au début du mois de juin, à l’adresse suivante : https://fr.ulule.com/dibgou-legyptienne-2017/. L’ensemble des photographies fournies sont : © MATD / Christelle Desbordes. Elles illustrent les deux parties de notre programme de recherche : l’étude de la cité médiévale et l’étude de la ville pharaonique.